Difficile de le cacher, Sir Alfred n'a pas l'envergure de ces créateurs ultimes que furent Kafka et Proust. Lui ne se consuma pas pour faire exister une oeuvre.
Mais il avait son monde et ses films portent bien sa marque. Le roi du story-board qui prétendait que son film était terminé lorsque son dernier plan était dessiné (si bien qu'il aurait pu se dispenser de mettre les pieds sur le plateau pendant le tournage, ce qui lui est parfois arrivé selon certains ! ) a su faire que l'ensemble de ses réalisations constitue bien une oeuvre originale.
Les signes de reconnaissance abondent : la présence de ces héroïnes blondes et lisses dont il sait nous faire deviner les ardeurs retenues et... souhaitées, son sens de l'étirement du temps au climax du suspense, ses "mac guffin" en tout genre, ses cadrages au petit point et ses mouvements d'appareil tellement efficaces, ce terrible transfert de culpabilité (presque toujours là) et, moteur des agissements des protagonistes, leur inconscient déchiffré dévoilant souvent la clé de l'énigme et, évidemment, ces impayables apparitions du réalisateur "marquant" chacun de ses films de sa présence.
J'ai hésité longuement pour choisir qui clôturerait cette trilogie d'images. Albert Camus m'aurait permis de faire la jonction historique avec l'époque contemporaine, ce qui était mon ambition et il a été longtemps mon favori. De plus, je demeurais dans le monde des livres et, ce qui ne gâte rien, en terrain de grande sympathie.
Mais finalement Alfred Hitchcock me rapprochait plus encore de notre actualité. De plus, sa silhouette reconnaissable entre toutes et dont lui-même usait comme marque de fabrique me servirait graphiquement. L'abondance iconographique de ses représentations me serait une mine (après le peu de traces argentiques laissées derrière eux par Kafka et Proust !) et ses "cameos" m'incitaient fortement à le faire apparaître, moi aussi, puisqu'il m'avait montré la voie, dans mes photographies recomposées.
Un grand merci donc à Hitch' d'abord pour ses beaux films et ensuite pour les emprunts que je me suis autorisés pour raconter "mes histoires à moi", dans ce dernier Album.

Gérard Bertrand

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